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05.11.2011

CHAPITRE 1 : PREMIERE PARTIE.

J’avais passé les premiers jours de l’été à empaqueter minutieusement toutes mes affaires : des dizaines de livres aux tranches jaunies par le temps, une collection de disques trente-trois tours dont j’étais plutôt fier, mes vêtements et effets personnels, quantité de babioles amassées durant les vingt-trois premières années de ma vie. Quant aux paquets de vieilles photos écornées, de polaroïds délavés et d’instantanées plus récents, je les avais soigneusement triés avant de mettre le feu au rebut dans un coin du pré à l’orée de notre quartier. Alors que j’observais les flammes manger ces souvenirs rassemblés, et que le vent soufflait comme si c’était la fin du monde,  je me convainquis de la pertinence de mon choix : ces photographies, je ne pouvais les emporter avec moi dans ma nouvelle vie, elles résumaient trop de souvenirs que je voulais oublier. Je fis d’abord deux tas, mettant immédiatement de côté celles dont j’étais certain de vouloir me séparer ; des images de ma mère, seule ou avec l’un d’entre nous, en compagnie d’amis ou lors de fêtes de mariage, puis des clichés pris par elle comme ceux de mes dix-huit ans ; des portraits de personnes dont je ne me souvenais plus ou avec lesquelles j’avais perdu tout contact, par la force des choses ou volontairement. Ceci fait, je retournai à la pile de photos à garder et m’imposai un second tri. J’avais imaginé dès avant ce travail devoir passer par cette épreuve, m’obliger à choisir de garder ou pas les images de Kim. Après plusieurs heures de réflexion, que je consacrai aussi, ne fût-ce que pour m’occuper les mains, au rassemblement des cahiers, notes de cours et syllabii qui partiraient avec moi, je pris la décision de me séparer irrémédiablement de tout ce qui pouvait me rappeler Kim, photographies comprises.

Prétendre qu’une option, décidée en quelques secondes, peut changer le cours d’une vie, ce n’est pas prendre le risque de se tromper. Durant ma courte existence, j’ai déjà pu vérifier cette assertion à plusieurs reprises. Pour autant que je m’en souvienne, quitter Kim, mettre un terme à notre relation de trois ans, fut l’une d’entre elles.

Je rencontrai Kim à l’aube de ma deuxième décennie. A cette époque, mes hormones se tenaient au calme et je voyais en ce petit bout d’adolescente plus une amie qu’autre chose. Durant les années qui suivirent, j'assistai à la lente transformation de la chrysalide en papillon.  Maintes fois mes seize ans révolus j’ai tenté de la séduire, de l’emmener vers d’autres sentiers que ceux désherbés sur lesquels nous nous promenions depuis tant de mois. A chaque fois elle repoussait mes avances, par un tour de passe-passe rhétorique ou un discours plus affirmé, et à chaque fois je dressais mentalement la liste des choses que je lui avais dites, des attitudes que j’avais prises, afin d’en repérer celle de trop, ou celle qui manquait dans mes essais successifs.[1] Mon étude n’était rien moins que scientifique : je notais tous les soirs dans un carnet à spirales le résultat de mes expériences. Les dernières vacances d’été de notre cursus vinrent interrompre ce jeu du chat et de la souris. Je trouvai une chaussure assez confortable pour y glisser mon pied, loin des yeux inquisiteurs de Kim. Ce fut, je dois bien l’avouer, ma première relation sérieuse.

Elle ne dura pas. Six mois plus tard, las d’attendre quelque chose qui ne venait pas, et que j’avais du mal à définir, je quittai mon amour d’été sans le lui dire ouvertement. Nos rendez-vous s’espaçaient, se tarissaient et je finis par ne plus lui donner signe de vie, déjà honteux d’un comportement que je réprouvais, mais la honte est un sentiment avec lequel on s’accorde fort bien quand on n’a pas vingt ans.

Les yeux posés ailleurs, je n’avais pas remarqué les changements dans l’attitude de Kim à mon égard. Peut-être lui avais-je soufflé au détour d’une de nos conversations anodines ce à quoi j’occupais la majeure partie de mes week-ends, et surtout avec qui. Peut-être avait-elle remarqué ce que du haut de ma suffisance, j’appelais l’aura de l’amour; un je-ne-sais-quoi gonflant mon assurance en même temps que mon ego. Sans doute avait-elle pu sentir sur moi l’odeur d’une autre femme. Ce que j’analysai comme étant la jalousie qui lui révéla son attirance envers moi la poussa à faire un premier pas dans ma direction, après presque six années passées ensemble sur les bancs de l’école. J’enjambai la distance restante pour mon plus grand ravissement : j’obtenais enfin ce que j’avais désiré pendant tant de saisons.

Ce contentement d’avoir, cette sensation de puissance toute juvénile, berçaient mes instincts en même temps qu’ils construisaient le fragile équilibre de notre couple. Des anges convoqués avaient dressé autour de ma personne une aura dont je jouais, plus impliqué à chercher l’effet que produisait cette transformation chez les autres femmes qu’à construire des barrages assez forts pour retenir les larmes de tristesse de Kim. J’obtins d’elle qu’elle me jurât son amour, sa fidélité, les mettant à l’épreuve par à-coups, feignant le désintérêt subit pour notre avenir ou comparant notre union avec d’autres de nos amis qui m’apparaissaient toujours plus solides et satisfaisantes. Kim était devenue mon faire-valoir, petite douceur blonde au sourire affligé que je posais là où je me rendais, ne lui apportant que peu d’attention.

Il avait suffit que j’acquisse la main de Kim après tant de luttes pour ne plus qu’exhiber sa beauté comme on le fait d’une toile de maître, sans chercher à la comprendre. Les mois filant, je tentai de me désengager ; d’abord sournoisement, en lui laissant entrevoir mon côté le moins engageant, mes doutes, ma perpétuelle insatisfaction, la difficulté avec laquelle je réfrénais mes pulsions, puis de manière plus directe, oubliant nos rendez-vous, ignorant ses appels, implorant une trêve de réflexion. Me délectai-je de l’affliction que je lisais en clair-obscur sur son visage délicat ? Non. A chaque fois que je surprenais ses lèvres trembler, annonçant une crise de larmes, je ne pouvais m’empêcher de prendre Kim au creux de mes bras et de la serrer contre moi, ma bouche se perdant dans le parfum de son cou. Je me jurais de réfléchir sérieusement à la situation que je m’imposais, de m’arrêter à une décision radicale, de ne plus faire souffrir l’animal blessé.

Nous finissions l’agrégation dans nos matières respectives de prédilection : Histoire pour elle, Mathématiques pour moi quand j’entrevis le grand gouffre qui se creusait devant ma petite personne. Dans mon esprit de jeune con, je subodorais une vie dont je ne voulais pas : une existence passée auprès de la même femme alors que d’autres m’attiraient irrémédiablement, un destin déjà tracé, annihilant  toute alternative. Je désirais rester libre, à disposition pour toute histoire que je pressentais plus intéressante, plus intrigante, plus vivifiante. Je vivais avec la certitude que de ne pas avoir atteint le sommet du bonheur et, dilaté par la prétention, je ne voyais pas pourquoi la béatitude me serait refusée. Dès lors, Kim devenait une ennemie, un obstacle à ma félicité. Le jour de la présentation de mon mémoire de fin d’études, portant sur les équations diophantiennes, je la pris à part alors qu’elle était venue me supporter et lui annonçai mon intention de la quitter. La scène terminée, je m’en fus au devant de mes examinateurs défendre mon travail avec motivation.

Le soulagement fut de courte durée, trois ans de relation amoureuse ne s’oublient pas facilement. Durant une quinzaine de jours, j’ouvris ses lettres avec humeur et les parcourus en diagonale avant de les jeter ; je ne répondis pas à ces incessants appels téléphoniques ; priai mon père de lui dire que j’étais sorti alors qu’elle se présentait à ma porte. Il me semble aujourd’hui que mon exaspération n’avait d’égale que son obstination tout en étant directement liée. Le jour où le silence radio s’installa, mon agacement se mua en une impression irrépressible de vacuité. Bien entendu, c’est avec le recul nécessaire que je puis décrire mes sentiments d’alors comme complètement incompréhensibles. Kim hors-champ, je me trouvais face à choix : souffrir du manque ou m’investir.

Je commençai à prendre conscience de mon inaptitude à prendre parti, et optai pour la procrastination. Le temps jouerait son rôle dans mon processus de décision et puis, je retrouvais avec délice une raison suffisante pour m’apitoyer. Mon diplôme en poche, il ne me restait plus qu’à entrer dans la vie active, vierge de tout engagement, comme malgré tout je me plaisais à me le rappeler.

Je dénichai un poste d’enseignant dès le mois d’octobre suivant ; le remplacement d’un titulaire malade dans une école de la région m’offrit l’opportunité dont je rêvais. Je passai les neuf mois suivants à préparer des cours, penché sur le même bureau confectionné par mon père qui m’avait accompagné durant mes propres études. J’eus peu de temps à consacrer à autre chose. Je m’immergeai totalement dans l’apprentissage de mon métier à dessein. Chaque mois, je partageais mon salaire en quatre parties égales : un quart pour mes dépenses courantes, un autre quart que je destinais à mon père, les deux autres quarts laissés sur mon compte bancaire pour le jour où je quitterais la maison familiale. Je finis par trouver un appartement dans le centre-ville, ni trop grand, ni trop petit : un petit hall d’entrée de deux mètres carrés donnant sur une large pièce faisant office de séjour et communiquant avec une kitchenette meublée pour l’essentiel, une chambre spacieuse et une salle de bain munie d’une baignoire, d’un lavabo et d’un WC. Le lieu présentait assez d’avantages pour m’intéresser, et le loyer en était convenable, juste dans mes moyens. Je passai un week-end complet à le nettoyer de fond en comble, un autre à repeindre les pièces avec l’aide de mon père, et un dernier à monter quelques meubles en kit dont l’achat avait fortement entamé mes économies.

Enfin, une fois la session d’examens passée, je pliai mes vêtements, classai mes livres et disques, ficelai mes cours, fis des courses de première nécessité, boutai le feu à des souvenirs et emménageai.

L’été fut ardent cette année-là. Derrière les larges fenêtres du salon, je pouvais observer les paquets de lumière qui assommaient les passants de l’une des artères principales de la ville sans qu’aucun bruit ne filtre au travers des double-vitrages. L’atmosphère était étouffante, irrespirable tant que je ne quittais que rarement l’ombre de mon appartement dont les rideaux étaient toujours tirés. Je me levais de plus en plus tard afin de profiter de la tiédeur de la nuit, lisant d’épais volumes, ne sortant que pour des courses ruineuses chez un épicier arabe du bas de la rue. Je profitai de neuf semaines de congé et jouissais d’une toute nouvelle liberté.

Pierre me rendait couramment visite, toujours en soirée. Il s’accompagnait exclusivement de bonnes bouteilles de bordeaux que nous sirotions en causant littérature ou en jouant aux échecs. Nos parties étaient interminables et souvent, nous concluions au lever du jour. Fatigués et affamés, nous courrions la ville en quête de cappuccinos et de croissants au beurre avant de nous séparer sur le trottoir du bouquiniste où je ne manquais pas, périodiquement, de m’approvisionner. J’avais surestimé dès l’achat la capacité du meuble bibliothèque qui trônait dans la  chambre, face au lit. Trois cents livres y prenaient place, classés par ordre alphabétique d’auteur, rangement subordonné à un regroupement par collection, pour le plaisir des yeux, serrés les uns contre les autres, les espaces entre les ouvrages et les planches horizontales investis d’autres livres ; le tout formant un conglomérat de papier assez compact. Aux côtés du meuble de quatre mètres de long, j’avais empilé six caisses de romans, essais, thèses, illustrés, disposés symétriquement : trois de chaque côté. A présent, mes acquisitions envahissaient l’espace de l’appartement, en occupaient la majorité des surfaces libres : classiques sur la table basse du salon, bouquins de voyage sur le passe-plat de la kitchenette, recueils d’exercices de mathématiques sur le bureau, récits de science-fiction sur la table de nuit, piles de magazines à même le sol de la salle de bains, point de place pour Artamène.

Je lus donc beaucoup durant cet été, postposant l’angoisse de la rentrée et son cortège de questions : vais-je continuer à donner des cours dans le même établissement ? à quel régime horaire ? devant quelles classes ? Les réponses vinrent sous la forme d’un pli déposé par le facteur un matin de la fin août. L’athénée au sein de laquelle j’avais suivi mes études secondaires avait besoin d’un professeur de mathématiques, à plein temps, et pour une durée indéterminée suite à un départ à la retraite. Revenir dans les locaux qui avaient vu défiler ma jeunesse me comblait de joie malgré l’appréhension de revoir les décors de l’histoire que je vécus avec Kim, et dont l’empreinte était encore trop douloureuse pour que je puisse la nier.

Rassuré sur mon avenir professionnel, je contractai un crédit et m’offrit une petite voiture neuve, du genre de celles qui ne consomment à peine plus qu’un briquet Zippo. Fier comme un paon de ma nouvelle acquisition, je paradai une soirée entière dans les rues de la ville, le volume de l’autoradio à fond, la vitre conducteur grande ouverte. Je rendis aussi visite à mon père, discutai mécanique un bon quart d’heure autour de la voiture avant de descendre quelques bières en sa compagnie. Je le trouvai anxieux, pâle, moins loquace qu’à son habitude, mais tout aussi prompt à remplacer nos canettes vides par des pleines, dont les deux compartiments inférieurs du frigidaire étaient remplis. Nous avons bavardé jusqu’au milieu de la nuit, n’interrompant notre conversation que pour aller soulager notre vessie, et vu mon taux d’alcoolémie, je décidai de rester cuver dans le sofa fatigué du salon. Vers les quatre heures du matin, j’entendis mon père dévaler les escaliers pour se rendre aux toilettes. Là, il y vomit dans ce que je pense être d’atroces souffrances. J’entendis ses cris rauques déchirer le calme nocturne, des cris de douleur sans aucun doute, qui me glacèrent le sang et me dessoûlèrent aussi sec. Je perçus encore ses pas discrets le menant vers la cuisine où il ouvrit le frigidaire, le son d’une canette que l’on ouvre, les borborygmes caractéristiques et puis plus rien. Je me rendormis du sommeil de l’injuste, la tête mal posée sur un des bras du sofa, la grande photographie familiale trônant au-dessus de ma tête ; un instantané de vie où mes parents, ma grand-mère maternelle et moi-même sommes pris sur le vif devant une large baie vitrée, le jour du mariage d’un de mes oncles.

J’aurais du prendre ces signes bien plus au sérieux : les vomissements nocturnes et la tache de sang maculant la veste de pyjama de mon père. Je mis cela sur le compte d’une indigestion ou d’une sévère cuite – mon père ne buvant plus très souvent – sans m’inquiéter davantage de sa santé. Je savais qu’il avait traversé des périodes de crises aiguës lorsque son ulcère à l’estomac se réveillait, mais depuis qu’il avait choisi de prendre sa préretraite, ces crises s’étaient calmées, il m’en parlait moins souvent, ou il me cachait quelque chose.

Carmin les signes de la maladie de mon père, sur la veste de coton azurin. Anthracite la couleur de son plus beau costume, qu’il revêtit le jour de sa préretraite. Mes études terminées et un premier emploi décroché, mon père avait en effet décidé de jeter le gant plus tôt que prévu en envoyant balader ses supérieurs du service technique de l’administration communale. Ce qui s’était passé avec ma mère l’avait considérablement affaibli, moralement et physiquement. Lui qui pouvait enfiler vingt-quatre heures et plus de travail ininterrompu afin de pourvoir aux gardes imposées et de satisfaire les moindres désirs de son épouse ne pouvait plus, aux derniers temps de ma scolarité, assumer que quatre jours sur les cinq que comptait une semaine de boulot. Bleu de Prusse la surface des cours d’eau au bord desquels mon père comblait à présent une grande partie de sa solitude,  un œil rivé sur le flotteur de sa vieille canne à pêche noir de fumée, quand il ne s’affalait pas sur son canapé sépia devant la télévision, tétant des cigarillos et n’espérant plus rien. Nuits d’été bleu pétrole : en plus des journées de travail souvent harassantes, mon père tenait la guitare dans un orchestre de bal. Il lui arrivait fréquemment d’ôter son uniforme de travail le vendredi soir et de partir derechef, l’instrument en bandoulière, assurer l’animation musicale d’un mariage ou d’une fête de quartier dans un quelconque trou perdu, et ce jusqu’aux petites heures du matin. Lorsque j’étais gamin, je le voyais peu. Je devais profiter de l’après-midi du dimanche pour le solliciter dans mes jeux, et encore, quand il ne s’endormait pas sur le sofa du salon. Certains jours, ma mère et moi l’accompagnions sur les routes. Jaune chartreuse la couleur des limonades que nous éclusions, ma mère et moi, installés dans un coin de la salle. A bien y réfléchir, ce sont les souvenirs les plus lointains qu’il me reste, les plus précis, tout ce qui leur est antérieur s’est dans les brumes du temps ; à moins que ce ne fut le moment où la conscience de mon rapport au monde se soit éveillée, comme si je m’étais autorisé à construire une pensée, un avis, un jugement sur les personnes qui m’entouraient. Magenta et noir : la guitare de mon père. Immanquablement, les mêmes titres revenaient - difficile d’assumer six heures de concert autrement- et je me plaisais à tenir un registre de fréquences des différents morceaux du répertoire du groupe. J’en faisais des statistiques de haute volée pour un écolier de sept ans, découvrant la notion de moyenne et d’espérance mathématique.



[1] Le « jeu de Kim » est une activité durant laquelle différents objets sont exposés sur une table devant les participants. Ceux-ci doivent les mémoriser en un temps imparti. Ensuite, on couvre ces objets avec un drap et les joueurs doivent en dresser la liste.

10.03.2010

The Dark Side of the Moon

 

 

PINK FLOYD: THE DARK SIDE OF THE MOON.

 

 

1) Notes de production.

Album sorti en Angleterre chez Harvest le 23 Mars 1973.
Sorti aux Etats Unis chez Harvest.
Enregistré aux studios EMI d'Abbey Road, studios 2 & 3 en Juin et Octobre 1972 et Janvier 1973.
Produit par Pink Floyd.
Ingénieur du son : Alan Parsons.
Assistant : Peter James.
Mixage supervisé par Chris Thomas.
Pochette : Hipgnosis

David Gilmour — Voix, guitare, VCS 3 Synthétiseur, claviers ;

Roger Waters — Basse, voix, VCS 3 Synthétiseur, effets sonores ;

Richard Wright — Claviers, voix, VCS 3 Synthétiseur ;

Nick Mason — Percussions, effets sonores.

 Lesley Duncan — Voix (background)

Doris Troy — Voix (background)

Barry St. John — Voix (background)

Liza Strike — Voix (background)

Clare Torry — Voix (sur "The Great Gig in the Sky")

Dick Parry — Saxophone 

Peter James — Assistant ingénieur du son

Chris Thomas (producteur du disque) — Mixing consultant

Storm Thorgerson — 20th and 30th Anniversary Edition Designs

George Hardie — Illustrations, sleeve Art

Jill Furmanosky — Photographie

David Sinclair — Notes de pochettes accompagnant les ressorties CD.
Durée : 42'51

 

2) Références.


1973, 33t anglais : Harvest SHVL 804
1973, 33t français : Harvest SHVL 804
1973, 33t anglais (quadriphonique) : Harvest Q4 SHVL 804
1973, 33t américain : Harvest SMAS 11163
1984, CD anglais : EMI CDP 7 46001 2
1994, CD anglais (remasterisé) : EMI 8 297522
2003, SACD : EMI 7243 582136 2 1
2003, 33t : EMI

3) Le concept

 

3) Indices

  • « The Dark Side Of The Moon » était joué live depuis Janvier 1972. Il s'appelait alors Eclipse (A Piece for Assorted Lunatics ) car un groupe de folk-rock progressif, Medicine Head avait sorti un album intitulé « The Dark Side Of The Moon ». Ce n’est que devant l’insuccès de ce dernier que Pink Floyd revint au titre original. La première eut lieu le 20 janvier 1972 au Dome de Brighton mais fut brusquement interrompue après « Money » à cause d’un problème de bandes enregistrées. Le groupe continua de jouer l’album en entier à chacune de ses représentations jusqu’au 5 juillet 1975, lors d’un concert à Knebworth.               
  • L’album fut enregistré aux studios Abbey Road, connu des Beatlemaniaques, par un procédé 16 pistes (L’album des Beatles, « Sgt Pepper’s Lonely Hearts Club Band », enregistré en 1967, n’utilisait que 8 pistes.) C’est manuellement que furent crées les boucles sonores qui introduisent l’album et qui donnent le rythme au début de « Money » ; ce qui revenait à coller bout à bout les morceaux choisis de bande, tous de la même longueur, et à réenregistrer le résultat obtenu. Ces boucles comportaient initialement deux pistes, puis quatre, pour créer un effet « surround .»
  • “ The Dark Side Of The Moon” sortit à l’origine sous le label “Harvest”, une division d’EMI s’occupant plus particulièrmement de la promotion de groupes plus progressifs. Cette division fut abandonnée vers lamoitié des années quatre-vingt, laissant le groupe à la maison de disques EMI pour l’Angleterre et Capitol pour les Etats-Unis.
  • L'album a été classé pendant 14 ans dans le top 200 américain et s'est vendu à plus de 40 millions d'exemplaires à travers le monde (dont plus de 10 millions aux Etats Unis). Pour être resté 591 semaines consécutives dans le Bilboard top 200, le disque a fait son entrée au Livre Guiness des Records. Le nombre d’années de présence de l’album dans ce classement avoisine les trente ans. En 2002, il figurait encore dans la liste des 200 albums les plus vendus au cours de l’année aux Etats-Unis.
  •  Le disque fut premier du classement des ventes américaines durant une semaine en 1973. David Gilmour avait parié avec la manager Steve O’ Rourke que l’album ne passerait pas la barre du top 10. En Angleterre, il se classa en deuxième position des ventes ; et lors de sa réédition, à l’occasion de son vingtième anniversaire en 1993, il atteignit la quatrième place. Les autres classements maximums sont : numéro 1 en Belgique et en France, numéro 2 en Autriche, numéro 3 en Australie, numéro 4 aux Pays-Bas, numéro cinq en Espagne et, en Août 1973, huitième position au Brésil.
  • C'est Roger Waters qui a composé l'intégralité des paroles. Il dut faire un effort particulier pour écrire des phrases susceptibles d’être comprises par tout le monde.
  • Bien que le groupe mit un point d’honneur à ne sortir aucun single en Angleterre pendant dix ans, suite au mauvais accueil réservé à la bande originale du film « Zabriskie Point » en 1969, deux quarante-cinq tours extraits de l’album furent édités aux Etats-Unis : une version écourtée de « Money » avec « Any Colour You Like » en face B sortit en mai 1973 et fut classé numéro 13 des ventes ainsi qu’une version écourtée de « Us And Them », avec « Time » en face B (version différente de celle de l’album, avec le solo de percussion en fin de morceau, là où normalement débute la reprise de « Breathe ») fot éditée en février 1974 et, malgré de nombreux passages radio, ne réussit pas à grimper au-delà de la cent et unième place du classement des ventes.
  • L’album sortit aussi sous différents pressages destinés aux audiophiles (dont une version en quadriphonie) ainsi  que sous des pressages de collection. On note un vinyle blanc sorti en Allemagne en 1977 ; une bleue, l’autre transparente éditées en France vers la fin des années septante, une version rose (quadriphonique !) australienne datant de 1988, une autre blanche, sortie aux Pays-Bas en 1977. De plus, il y existe deux éditions « picture-disc » officielles qui circulent sur les marchés des collectionneurs, une américaine, de la maison de disques Capitol, une autre britannique brièvement disponible au sein d’un coffret reprenant les onze premiers albums du groupe (« The First XI ») sorti en 1979 à seulement 1000 unités.
  • EMI organisa le lancement de l’album en réunissant la presse au London Planetarium, un choix intéressant quant à l’image de rock planant que Pink Floyd donnait à leur musique. C’est normalement la version quadriphonique qui devait être jouée ce jour-là, supervisée par Alan Parsons. Au lieu de cela, il fut convenu de passer une version stéréo, ce qui motiva le groupe, à l’exception de Rick Wright, à décliner l’invitation. Les autre memebres de Pink Floyd furent représentés au cours de cette manifestation par des posters grandeurs nature.
  • Le groupe adorait peaufiner de nouvelles chansons en tournée avant de les enregistrer. Ce fut le cas avec l’entièreté de « The Dark Side Of The Moon.» Un pirate circula d’ailleurs avant le lancement officiel de l’album. Il s’agissait d’un enregistrement d’une prestation au Rainbow Theatre en février 1972, sorti six semaines après le concert et un an avant la sortie officielle de l’album. Ce bootleg, très correctement présenté, atteignit des chiffres de vente de près de 100000., beaucoup de ses acquéreurs pensant qu’il s’agissait là de la version officielle du disque à venir.
  • Une rumeur importante et persistante veut que l’album ait été conçu pour être joué de manière synchrone avec le film « The Wizard Of Oz », film de 1939. De fait, il existe une réelle synchronie entre les images du film d’une part, la musique et les paroles de l’album d’autre part. Cette particularité est surnommée « The Dark Side Of The Rainbow » (« La Face Cachée de l’Arc-En-Ciel ») par les fans. Un site internet y est même consacré. Dans les faits, l’album peut être joué presque trois fois pendant la durée du film, des synchronies apparaissant à chaque fois. Par exemple :

v      durant que la phrase « balanced on the biggest wave" (« en équilibre sur la plus grosse vague ») de « Breathe », on peut voir Dorothy se tenir en équilibre sur une des barrières d’un enclos à cochons ;

v      le vers « You race towards an early grave » (“Tôt, tu te dirigeras vers ta tombe ») fusent des hauts-parleurs alors que Dorothy tombe dans l’enclos à cochons ;

v      les premiers effets sonores de « Money » accompagnent Dorothy alors qu’elle ouvre la porte donnant sur Munchkin Land. « Money est la première chanson de la deuxième face du LP original. C’est aussi à ce moment que le film passe du noir et blanc à la couleur.

Le groupe a toujours démenti cette volonté de vouloir faire coïncider « The Dark Side Of The Moon » avec le film en question. De plus, les équipements disponibles en 1972 n’auraient pas permis une telle prouesse. Toutefois, vous pouvez vérifier part vous même en visionnant le film et en lançant l’album dès le trroisième rugissement du lion de la MGM.

  • La guitare « pedal-steel » que l’on entend dans « Breathe » a été achetée dans un mont-de-piété de Seattle en 1968 par David Gilmour.  
  • Cette chanson trouve ces racine dans un morceau composé en 1970 par Roger Waters pour la bande originale d’une émission scientifique appelée « The Body » (« Le Corps »).  Le premier vers est d’ailleurs le même pour les deux morceaux. La chanson originelle se voulait une protestation contre la destruction de la nature par l’homme dans un but de profit, thème que l’on retrouvera ailleurs dans la discographie du bassiste.
  • The Great Gig In The Sky était totalement différente à l'origine (une improvisation guitare/clavier) et s'appelait The Mortality Sequence ou encore Variation, pièce musicale sur laquelle était greffée des voix récitant le Notre Père, des extraits du Livre des Ephésiens ainsi qu’un discours de  Malcolm Muggeridge, un animateur controversé de programmes religieux de la BBC. Clare Torry improvisa sa ligne de chant dans le studio et fut payée à la prestation (doublement car elle eut lieu un dimanche), ce qui la contenta vivement. La suite montrera qu’elle aurait mieux fait de s’intéresser aux royalties !
  • Us And Them avait été composée par Rick Wright pour la bande originale du film Zabriskie Point mais n'avait pas été retenue. Elle devait illustrer une échauffourée entre les forces de l’ordre et des étudiants. Par ailleurs, il existe des enregistrements de cette chanson datant du début des années septante.
  • Une version primitive de « Brain Damage » fut composée à l’époque de l’album « Meddle » (1971), elle s’appelait alors « The Dark Side Of The Moon. »
  • Les nombreuses séquences parlées qui parsèment l’enregistrement sont en fait les réponses aux questions posées par le groupe aux personnes fréquentant les studios Abbey Road. Ces questions étaient inscrites sur des cartes que le candidat retournait avant de soliloquer. On y trouvait des interrogations telles : « Avez-vous peur de la mort ? », ou encore : « Quand avez-vous été violent pour la dernière fois ? ». A noter : Paul Mc Cartney et sa femme Linda enregistraient à l’époque dans un studio voisin un album des Wings. Ils se prêtèrent donc volontiers au jeu mais leur intervention ne fut pas retenue. Ce sont les réponses les plus spontanées qui restèrent. A chaque fois qu’ils ont été identifiés, les auteurs de ces « réponses » qui apparaissent dans l’album seront mentionnés. Par exemple, c’est le guitariste des Wings qui énonce “ I don't know, I was really drunk at the time. ”  (« Je ne sais pas, j'étais complètement bourré à ce moment-là ») en réponse à la question sur la violence à la fin du titre « MONEY ». (Les séquences parlées et leur traduction apparaissent en italique dans le coeur du texte). Par exemple, le rire un peu fou que l’on entend dans « Speak To Me » et « Brain Damage est celui de Peter Watts, le « road-manager » du groupe qui apparaît au dos de la pochette de l’album « Ummagumma ».
  • Brain Damage a été écrite durant les sessions d'enregistrement de Meddle mais non utilisée. C'est le rire de Roger "The Hat" que l'on entend sur la chanson.
  • Une usine fut spécialement construite en Allemagne pour la production de « Dark Side Of The Moon. »
  • C'est Alan Parsons qui a enregistré les horloges du début de Time dans une très vieille horlogerie de Londres.
  • Les séances d’enregistrement en studio n’étaient interrompues que pour deux raisons : le football et les émissions des Monty Python. En vérité, le groupe aimait tellement les Monty Python qu’ils aidèrent à financer leur film « Holy Grail » avec une part des recettes de « Dark Side Of The Moon »
  • Sur la pochette intérieure du vinyle original, le faisceau lumineux n'avait pas de violet pour la simple et bonne raison qu'il ne pouvait être imprimé ! C’est le studio Hipgnosis qui en a assuré la réalisation, les battements de coeur entendus au début et à la fin du disque trouvant leur écho graphique à l’intérieur de la pochette qui s’ouvre comme un livre. Originellement,  l’album devait être vendu dans un coffret contenant deux posters : un pour les fans représentant le groupe, et un pour les amateurs de belles photographies figurant des pyramides ; ainsi que deux autocollants symbolisant le jour et la nuit, illustrant les aspects des voyages évoqués dans le disque. La firme EMI était d’accord avec toutes ces propositions exceptée celle de vendre le disque dans un coffret. Ce ne fut donc pas le cas. Le fameux prisme sur fond noir devait matérialiser l’utilisations audacieuse des lumières durant les concerts de Pink Floyd, la forme triangulaire évoquant l’ambition folle et le graphisme des couleurs répondant au besoin de Rick Wright pour une iconographie moins picturale.
  • L'écho des pas que l'on entend sur l'album a été enregistré dans un passage piéton souterrain.
  • C’est la première fois que les textes des chansons du groupe sont imprimés à l’intérieur de la pochette. (Les séquences parlées n’apparaissent pas dans la transcription des paroles.)
  • Les auditeurs australiens ont élu l’album comme étant le meilleur pour faire l’amour en 1990.

4) Le Concept.

4) Ils ont dit
« Pour moi, la différence majeure avec cet album c'est que nous l'avons joué sur scène avant de l'enregistrer. Bien sur on ne pourrait pas faire ça de nos jours, on serait trop piraté. Mais quand nous sommes entrés dans le studio, on connaissait déjà tout. Note jeu était très bon, avec un feeling naturel. Et c'était une sacrée bonne pochette. La musique, le concept, la pochette, tout cela allait très bien ensemble. Pour moi c'était la première fois que nous avions de bonnes paroles. Les autres étaient satisfaisantes, ou faites à la va-vite ou tout simplement mauvaises. Sur Dark Side, Roger a décidé qu'il voulait que personne d'autre n'écrive les paroles. »

David Gilmour, Mojo Magazine, mai 1994

« Au début, Dark Side était une séquence de chansons nommée Eclipse. La plupart ont été développée pendant les répétitions des concerts, et on l'a joué sur scène au Rainbow de Londres, on commençait les concerts de la tournée américaine de 1972 avec. Le concept a grandi avec les discussions de groupe à propos des pressions de la vie réelle, comme les voyages ou l'argent, mais Roger à ensuite élargi le champs vers une méditation sur les causes de la folie. Le lien entre les sonorités et les voies était très bien fait selon moi et à la fin, nous avons introduit l'usage d'un vieux synthétiseur, le VCS3. Les enregistrements étaient très longs mais pas lourds, cela n'avait rien d'un supplice. Nous travaillions vraiment très bien en tant que groupe, mais ce n'était pas seulement la musique qui en fit un tel succès. EMI et Capitol ont pris des mesures en Amérique, pour la première fois, ils ont investi beaucoup d'argent pour nous promouvoir. Et c'est ce qui a tout changé. »

Nick Mason, Mojo Magazine, mai 1994

 

 

5) Titres
1 - Speak To Me                                                                              
1.16
Musique: Mason
Richard Wright: keyboards, VCS3 synthesizer, Synthi-A
Nick Mason: tape effects and editing
Chris Adamson, Gerry Driscoll, Henry McCulloch, Liverpool Bobby, Puddy Watts, Roger The Hat: spoken words and laughter
Clare Torry: vocals

2 - Breathe                                                                                      
2.44
Paroles: Waters
Musiques: Waters, Gilmour, Wright
Roger Waters: Fender bass guitar
David Gilmour: vocals, guitars
Richard Wright: Hammond organ
Nick Mason: drums

3 - On the Run                                                                                 
3.35
Paroles: Waters
Musiques: Gilmour, Waters
Roger Waters: VCS3 synthesizer, bass drone
David Gilmour: guitar effects, Synthi-A, Leslie cabinet
Roger The Hat: voice
Peter James: footsteps, puffing and panting

4 - Time / Breathe (reprise)                                                             
7.04
Paroles: Waters
Musiques: Mason, Waters, Wright, Gilmour
Roger Waters: bass guitar
David Gilmour: vocals, guitars, Synthi-A
Richard Wright: vocals, Fender Rhodes piano, Hammond organ, Synthi-A
Nick Mason: drums, Roto-toms
Alan Parsons: multi-tracked antique clocks
Doris Troy, Leslie Duncan, Liza Strike, Barry St. John: background vocals

5 - The Great Gig In the Sky                                                           
4.47
Musique: Wright
Roger Waters: bass guitar
David Gilmour: Stratocaster guitars
Richard Wright: Steinway piano, Hammond organ
Nick Mason: drums
Clare Torry: vocal improvisations
Roger The Hat: voice
unknown female: spoken section

6 - Money                                                                                        
6.22
Paroles: Waters
Musique: Waters
Roger Waters: Fender bass guitar, tape effects
David Gilmour: lead vocal, guitars, tape effects
Richard Wright: wah-wah with Fender Rhodes piano
Nick Mason: drums, tape effects
Dick Parry: saxophone

7 - Us And Them                                                                              
7.50
Paroles: Waters
Musique: Waters, Wright
Roger Waters: Fender bass guitar, backing vocals
David Gilmour: lead vocals, guitars
Richard Wright: Steinway piano, Hammond organ, backing vocals
Nick Mason: drums
Dick Parry: saxophone
Doris Troy, Leslie Duncan, Liza Strike, Barry St. John: background chorus
Roger The Hat: spoken words

8 - Any Colour You Like                                                                  
3.25
Musique: Gilmour, Mason, Wright
Roger Waters: Fender bass guitar
David Gilmour: guitars, vocal noises
Richard Wright: Hammond organ, Synthi-A
Nick Mason: drums

9 - Brain Damage                                                                            3.50
Paroles & musique: Waters
Roger Waters: lead vocals, double-tracked harmony vocals, bass guitar
David Gilmour: treated guitar, lap steel slide guitar
Richard Wright: Hammond organ, VCS3 synthesizer
Nick Mason: drums, percussion
Doris Troy, Leslie Duncan, Liza Strike, Barry St. John: background chorus
Roger The Hat: spoken words and laughter

10 - Eclipse                                                                                      
2.01
Paroles & musique: Waters
Roger Waters: lead vocals, bass guitar
David Gilmour: guitars, backing vocals
Richard Wright: Hammond organ, backing vocals
Nick Mason: drums, tape effects, backing vocals
Doris Troy, Leslie Duncan, Liza Strike, Barry St. John: background chorus
Gerry Driscoll: spoken section (at the end)

 

 

6) Lecture et analyse.

 

 

« The Dark Side of the Moon » se veut une allégorie sur la folie et les pressions de la vie moderne qui y conduise. Les thèmes abordés, les voyages, le temps, la mort, l’argent, l’incompréhension qui conduit à la violence, puis enfin la folie, sont évoqués tant parles mots que par la musique et les effets sonores.

·        L’avion qui s’écrase à la fin de « On The Run » nous met face à la peur de voyager ;

·        « Time » décrit combien le temps peut passer rapidement pour ceux qui ne s’en soucient guère (utilisant des alarmes d’horlogerie pour « éveiller » la conscience de l’auditeur,

·        « The Great Gig in The Sky » évoque la peur de la mort ;

·        « Money » use de sons de caisses enregistreuses pour amplifier l’aspect ironique du texte qui représente l’argent comme la source de tous les ennuis modernes ;

·        « Us And Them » s’intéresse aux conflits interpersonnels et à vacuité de sentiments guerriers ;

·        « Brain Damage » semble nous dire que seuls les marginaux que notre société   produit sont capables d’en reconnaître les défauts ;

·        « Eclipse » décrit la quintessence de l’individu en analysant l’impact qu’il a pu laisser sur son entourage.

 Nous avons tenté dans ce qui suit une analyse des paroles de l’album en parallèle avec celle de la musique qui les accompagne. Les chansons qui composent l’album forment un tout difficilement dissociable, du moins si l’on veut se prêter au je de l’analyse, réunies en un concept sur les pressions de l’existence et la folie qui (peut) en découle(r). Comme nous le verrons, « The Dark Side of the Moon » a été pensé et interprété pour être écouté ou joué d’une seule traite. C’est dans cette optique qu’il acquiert tout son sens et sa force d’évocation. Le fait que toutes les chansons s’enchaînent (magnifiquement d’ailleurs) sans aucun silence entre elles n’y est pas totalement étranger.

Nous avons aussi essayé d’offrir une traduction française de ces paroles, plus fidèles à l’esprit qui hante le disque qu’à leur interprétation littérale. (Les paroles reproduites ici sont Copyright © 1973 Pink Floyd Music Publishers Ltd.

 

« The Dark Side of the Moon » est le premier album de la carrière de Pink Floyd pour lequel le bassiste Roger Waters a écrit toutes les paroles. « Le concept s’intéressait originellement aux pressions de la vie moderne, précise Nick Mason, le batteur du groupe, puis, Roger l’a transformé en une méditation sur l’altération mentale. » Roger Waters a confectionné les démos de l’album dans l’atelier de poterie de sa femme, dans le jardin de la propriété familiale.

Des précurseurs aux sujets abordés tout au long du disque peuvent être dénichés dans les premiers travaux de Pink Floyd. Le groupe a en effet joué en concert, en 1969, une pièce relatant la vie quotidienne d’un individu. L’obsession de Roger Waters pour tout ce qui touche aux désordres mentaux est à mettre en relation avec la propre déchéance de « Syd Barrett » et son départ du groupe. Une des pièces annonciatrices de « Tha Dark Side Of The Moon » est « Echoes », longue oeuvre de plus de vingt minutes figurant sur l’album « Meddle », parue en 1971, et qui s’intéresse aux relations interpersonnelles. Toutefois, le projet de construire un album entier sur ce thème naquit sans doute un jour de cette même année, dans la cuisine même de Nick Mason, au cours d’une réunion du groupe.

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Speak to Me

(Mason)

“ I've been mad for fucking years, absolutely years.
I've been over the edge for yonks, been working me buns off
for Roger ”
(1)

“ I've always been mad, I know I've been mad, like the most of us have.
Very hard to explain why you're mad, even if you're not mad. ”
(2)

Laughs   (3)

 

Parle-moi

(Mason)

« Ca fait une putain d'éternité que je suis fou, des années et des années.
Ca fait un bail que j'en peux plus, que je me tue à la tâche
pour Roger.
» (1)

« J'ai toujours été fou, je sais que je l'ai été, comme la plupart d'entre nous.
Très difficile d'expliquer pourquoi t'es fou, même si tu le n'es pas.
» (2)

Rires (3)


 

L’album débute avec cette « introduction », « Speak to me ». Le premier son audible est un battement répétitif, un battement de coeur symbolisant le début de la vie. Puis, nous pouvons entendre différentes sonorités qui apparaîtront plus tard dans le disque : dans l’ordre,

ü      les tic-tac d’horlogerie de « Time » ;

ü      les bruits de caisse enregistreuse de « Money » ;

ü      les rires de « Brain Damage » ;

ü      un avion de « On the Run » ;

ü      Un cri de femme (la voix de Clare Tony extraite de « The Great Gig in the Sky. »)

Tous ces sons s’entremêlent et gagnent en intensité pour atteindre un paroxysme qui se fond dans le premier couplet de « Breathe ».

Le titre est réellement un résumé de l’album entier, préfigurant ce qui est à venir. Si le disque se veut une description des pressions de l’existence, son ouverture en symbolise donc la gestation. Le début du morceau coïncide avec une conception alors que sa fin esquisse plutôt une naissance. Les battements de coeur augmentent graduellement en intensité sonore, un peu comme ceux d’un enfant qui grandirait dans le sein de sa mère. En cela, le cri de femme que l’on entend à la fin du morceau pourrait symboliser celui d’une mère accouchant. Dès lors, « Speak to Me » relaterait l’existence de l’enfant in utero. Dans ce contexte, la séquence parlée signifierait que même avant la naissance, nous sommes soumis aux pressions de l’existence, tout simplement parce que notre mère l’est. De manière similaire, cette séquence parlée évoque la prédestination, dans le sens que bien avant notre naissance, nous sommes destinés à expérimenter toutes ces pressions bien que nous ne pensons pas que Waters évoque la théorie du destin pour laquelle tous les aspects de la vie sont écrits à l’avance, il semble juste suggérer que seuls certains détails de la vie sont inévitables.

Le titre, « Speak to Me » est certainement ambigu. Sans doute que l’enfant sur le point de naître désire-t-il qu’on lui parle, peut-être demande-t-il des conseils à propos de cette aventure qu’est la vie alors qu’il la commence. Tout ceci prend un sens avec la chanson suivante, « Breathe », qui relate les réponses à ces interrogations. Originellement, les deux premiers tires de l’album (« Speak to Me/Breathe » ne faisaient qu’une seule, arguant davantage le fait qu’elles représentaient un jeu de questions-réponses entre un enfant qui naît et celui (ou celle) qui l’accueille dans ce monde.

 


Breathe

(Waters / Waters, Gilmour, Wright)

Breathe, breathe in the air
Don't be afraid to care
Leave but don't leave me
Look around, choose your own ground

For long you live and high you fly
And smiles you'll give and tears you'll cry
And all you touch and all you see
Is all your life will ever be

Run rabbit run
Dig that hole, forget the sun
And when at last the work is done
Don't sit down it's time to dig another one

For long you live and high you fly
But only if you ride the tide
And balanced on the biggest wave
You race towards an early grave

 

Respire

(Waters / Waters, Gilmour, Wright)

Respire, inspire l'air.
N'aie pas peur de t'en faire,
Pars, mais ne me laisse pas.
Observe et choisis ton chemin

Vieux tu vivras et haut tu planeras
Et tous tes sourires, tous tes pleurs,
Tout ce que tu touches et vois
C'est là tout ce que ta vie sera

Fuis, mon lapin, fuis.
Creuse un trou, ignore le soleil.
Et quand tout sera bouclé,
Ne pas se reposer, il faudra creuser, encore.

Vieux tu vivras et haut tu planeras,
Mais seulement si tu suis le courant.
Et en équilibre sur la plus grosse vague,
Tôt, tu te dirigeras vers ta tombe


 

 

Après l’apogée que constitue la fin de « Speak to Me » vient la mélodie calme, douce et aérienne de « Breathe ». Le narrateur de « Breathe » prodigue des conseils à propos de la vie. Il semble que ce soit une personne plus âgée, quelque peu éreintée, qui avertit un nouveau-né, peut-être un parent. La chanson démarre de manière appropriée avec le mot « Breathe » (« Respire ») alors que c’est bien là la première chose que fait un homme au début de sa vie. Aussi, la première ligne du texte montre l’importance de simplement respirer, de ne pas se laisser piéger par l’existence, à tel point qu’on en oublie de se relâcher. En cela, elle synthétise non seulement le message de cette chanson, mais aussi celui du m’album en entier.

Le premier couplet se poursuit avec un autre conseil : « Don’t be afraid to care » (« N’aie pas peur de t’en faire »), qui bien que simple, n’en est pas moins important. D’aucuns traversent en effet l’existence en évitant de se rapprocher des autres par crainte d’être blessés ou déçus.

Le vers suivant (« Leave but don't leave me ») indique que le narrateur doit être un parent de celui auquel il s’adresse. Les parents souffrent parfois de voir leur enfant grandir et quitter la maison. Ils désirent voir leur progéniture s’épanouir, vivre leur propre existence et devenir des adultes à qui le succès sourit. Néanmoins, aucun parent n’espère que leur(s) enfant(s) quittera (ont) le nid familial et, souvent, ils prient de manière égoïste, pour que leur descendance reste à leurs côtés. Cette phrase résume cet aspect de la parenté. Finalement, le narrateur enseigne de « regarder aux alentours », de «choisir son chemin » ( « Look around, choose your own ground »). Cette ligne indique à celui auquel elle est destinée de prendre ses propres décisions basées, non pas ce qui lui est dit, mais sur ses propres observations. C’est en quelque sorte le manière « scientifique » de traverser l’existence, en s’appuyant sur la logique et le raisonnement plutôt que sur la religion par exemple, qui se base sur la fois au lieu de la raison, et dont ce vers en est une critique subtile. Il y a assurément de l’ironie dans le fait de conseiller à quelqu’un de prendre ses propres décisions plutôt de faire comme on lui dit de faire car, en opérant ses propres choix, il fait exactement ce qu’on lui dis de faire, nouant par là un paradoxe amusant.

Le premier refrain résume la vie assez simplement. Il peut être considéré comme un regard assez pessimiste porté sur l’existence, disant : « Voilà ce que ta vie sera, voilà à quoi tu dois t’attendre ». On peut toutefois en extirper un message plus positif : « Oui, voilà ce que sera ta vie, alors, essaie d’en retirer le meilleur, d’en profiter au maximum. Souris, pleure, regarde et touche tout ce que tu peux. Vis ta vie pleinement en en remplissant chaque journée ».  L’aboutissement ultime de toute une vie, quand tout est dit et fait, n’est-il pas l’impression que nous avons produite sur nos compagnons de route et la trace que nous avons laissée sur notre environnement ?

Le couplet suivant décrit l’opacité que constitue le travail au sein d’une vie dans sa litanie répétitive et éreintante. Bien que certainement pessimiste, il résume l’avis de beaucoup de monde quant au travail qui nous rogne nos années les plus productives. Il est intéressant de se pencher sur la phrase « Run rabbit run » (« cours, lapin, cours »), préférée à, par exemple, « cours, employé, cours ». Mis à part la connotation poétique des termes choisis, elle suggère que, même si nous pensons que la vie est pénible, que le travail est ardu, cet ennui est sans doute inhérent à la vie elle-même, que même les lapins ont à travailler encore et encore, et quand ils pensent avoir terminé leur boulot, il n’est que temps de creuser un autre trou. Il est aussi piquant de constater que l’animal choisi pour cette métaphore soit le lapin, un animal qui est souvent synonyme de nuisance, quand ce n’est pas de proie pour, entre autres, les agriculteurs. Waters veut-il symboliser le genre humain par des lapins, des proies, des fléaux, allusion aux oiseaux de mauvais augure ? Ne sommes-nous pas simplement condamné à toujours répéter la même vie pour être, à la fin, tué et mangé ? (par le temps, présument.)

La ligne « Dig that hole, forget the sun » (« Creuse un trou, ignore le soleil. ») car elle introduit un des symboles les plus récurrents de l’album : le soleil. Le soleil est utilisé dans les textes des chansons qui composent le disque pour figurer ce qui est bon et ce qui est vrai. Une autre allégorie primordiale de l’opus est son opposée : la lune, évoquée dans les chansons « Brain Damage » et « Eclipse », et qui représente les forces sombres, plus spécifiquement ces fameuses pressions de la vie moderne auxquelles nous sommes exposés et qui nous conduisent parfois sur les chemins de la folie. C’est ce dont parle l’album tout entier, et c’est bien le symbole de la lune qui lui donne son nom. Ce vers est en définitive une invitation à succomber aux pouvoirs de la lune (spécialement les pressions du travail) et à oublier le soleil.

Le dernier refrain débute comme le premier avant de se muer en une discussion assez métaphorique qui compare la vie à un océan dont les vagues battent la plage. Il explique que le succès ne viendra que si l’on oeuvre de manière conservatrice (en surfant sur les vagues), mais que si l’on essaie de vivre trop vite (en surfant sur la plus grande vague), nous creuserons notre propre tombe (comme les vagues qui s’abattent sur le sable trop rapidement). Non seulement ces mots constituent une belle métaphore, mais ils donnent aussi une morale, qui contraste singulièrement avec les conseils donnés au premier couplet, qui nous enjoignaient à tirer le meilleur parti de la vie en en profitant le plus possible. Néanmoins, ces deux morales peuvent se compléter, se fondre en une leçon importante : cueillir le jour sans en extirper trop vite la sève, à savoir trouver le bon équilibre entre épicurisme et précaution qui nous tiendrait loin de la frivolité. Ceci nous ramène à la toute première phrase de la chanson.

Autre chose, les vagues dont il est question plus haut, sont provoquées par les marées, elles-mêmes résultant de la force que la lune, exerce sur les eaux de notre planète. Cela recentre le propos de l’album en insistant le trait des allégories en jeu. La lune sera toujours là, provoquant ces vagues sur lesquelles il nous faut surfer. Il nous faut donc pouvoir vivre harmonieusement avec les pressions de la vie moderne, s’en accommoder car elles ne disparaîtront pas.

L’ami de Roger Waters, et co-fondateur du groupe, Syd Barett, dut quitter le groupe pour cause de troubles mentaux dus à l’abus de drogues. Il y a eu beaucoup de spéculations autour du fait que Barett aurait pu couvrir les désordres mentaux mis à jour par son addiction aux drogues dures. Alors que la popularité de Pink Floyd grandissait, sa consommation de psychotropes (principalement du L.S.D.) augmentait. Ses performances lors des concerts devenaient de plus en plus imprévisibles, et son comportement général un obstacle au succès du groupe. Ces événements ont clairement influencé Waters en cela que la folie est un thème récurrent dans les paroles de Pink Floyd. Le vers qui parle de se laisser emporter par la plus grande vague, et qui nous en laisse entrevoir les conséquences, constitue un avertissement, un exemple de ce qu’il ne faut pas faire pour finir comme Syd Barett.

 

 

 


On the Run

(Waters / Gilmour, Waters)

“... hand-baggage, your passports ready and follow the green line to customs
and then to immigration. ”

“ BA 215 to Rome, Prato, Naples. ”

“ May I have your attention please, customs will be receiving passengers for flight 215 to Rome, Prato, Naples...” (4)

“ Live for today,
Gone tomorrow,
That's me”
 Laughs
(5)

Laughs (6)

                      En Cavale

(Waters / Gilmour, Waters)

« ...bagages, vos passeports et suivez la ligne verte jusqu'à la douane
puis au service de l'immigration.

« B.A. 215 pour Rome, Prato, Naples. »

« Puis-je avoir votre attention s'il vous plaît, le service des douanes va recevoir les passagers du vol 215 pour Rome, Prato, Naples... »(4)

« Vivre aujourd'hui,
Etre parti demain,
C'est tout moi 
»

 Rires
(5)

Rires (6)


 

La première de ces pressions de la vie moderne évoquées dans l’album est le voyage, par le titre « On The Run ». « On The Run » est réellement le morceau idéal pour illustrer cette pression. Avant de prendre ce nom, le groupe l’avait intitulé « The Travel Sequence » (« La séquence du voyage (« ...à propos du voyage ») ») C’est, comme d’autres plages de l’album, un instrumental, donc dépourvu de paroles. Néanmoins, grâce à l’utilisation de sons effets, le groupe parvient à lui donner un sens.

La scène suggérée est celle d’un aéroport. Des bruits d’avion se promènent dans l’arrière-plan sonore, ainsi qu’une voix de femme annonçant différents vols. On peut aussi distinguer très clairement des bruits de pas et l’halètement de quelqu’un faisant tous les efforts pour embarquer à temps.

Puis, nous entendons un homme disant : “ Live for today, gone tomorrow, that's me” (“« Vivre aujourd'hui, être parti demain, c'est tout moi. ») avant d’éclater d’un rire de maniaque. Nous percevrons un autre rire plus loin dans la chanson, juste avant le bruit d’un avion qui s’écrase faisant taire l’hilarité, réduisant les sons aux seuls bruits de pas et halètements.

Du fait que les rires que l’on entend surviennent juste avant le bruit d’un avion qui s’écrase, et que l’on n’en perçoive plus après cela, on peut en conclure que l’auteur des rire est justement dans l’avion, qu’il sait qu’il va s’écraser et qu’il trouve cette idée amusante au travers de son désordre mental. Peut-être cet homme n’est-il autre que le pilote de l’appareil et que le crash est intentionnel. La séquence parlée “ Live for today, gone tomorrow, that's me” (“« Vivre aujourd'hui, être parti demain, c'est tout moi. ») montre que l’homme en question tente de se maintenir en équilibre su  la plus haute vague, vit chaque jour comme si c’était le dernier (un peu comme Syd Barett le faisait) dans une sorte de démence responsable d’une mort précoce (imagée par les termes « early grave »).

Réentendre les bruits de pas après que l’avion se soit écrasé nous apprend que le premier homme, que l’on entend courir, tâchant d’attraper son vol, n’est pas le même que celui qui se gausse. Apparemment, le retardataire a loupé son avion et, de ce fait, a eu la vie sauve.

La situation exacte évoquée dans la chanson, uniquement à l’aide de sonorités diverses, rappelons-le, est trop ambiguë pour être relatée avec précision, mis à part le stress que peuvent provoquer les voyages. Le rythme assez enlevé du morceau donne une sentiment d’urgence qui, à l’aide des images suscitées par les bruitages, illustre bien cette pression de la vie moderne que constituent les voyages obligés, particulièrement ceux en avion. Le choix d’un instrumental paraît ici judicieux, délivrant un message pertinent là où des mots auraient été redondants.

Une chose amusante à signaler est que, durant la tournée de promotion de l’album, le groupe faisait s’écraser sur la scène un Spitfire grandeur nature à la fin de « On The Run ». Cette idée fut reprise durant la tournée dur groupe de 1994, alors que Pink Floyd, sans Roger Waters, reprit « The Dark Side Of The Moon » dans son entièreté, notamment lors des prestations à Earls Court.

Le titre évoque donc le voyage, des gens s’agitant autour du globe comme des fourmis, des avions qui ponctuent le ciel, des voitures qui recouvrent la terre. Ce voyage est aussi une métaphore ; le périple que nous entreprenons en traversant notre vie, en grandissant, si vite qu’on peut finir par ne plus s’apercevoir de ce qui se passe en dehors de notre existence. Si certains voyagent lentement, calmement, d’autres se laissent emporter jusqu’à ce qu’ils perdent le contrôle, ne pouvant plus éviter le crash de leur appareil. On retrouve l’image de la plus haute vague, celle qui charrie jusqu’à une mort hâtive.

Et pourquoi serions-nous « en cavale » ? En termes littéraux, être en cavale signifie s’enfuir d’une personne ou d’une situation, généralement des démêlés avec la justice. Ici, nous semblons nous échapper de la spirale du temps, tentant de survivre à ce monde, nous laissant emmener par cette « plus haute vague »qui nous donne l’impression de défier notre propre mort, et donc notre condition humaine. Une telle course ne peut que conduire qu’à un brusque arrêt, soit le trépas, soit la réalisation de notre mortalité, du fait que nous ne sommes que de passage, que seul le temps survit à tout. C’est ce qu’évoque le crash de l’avion à la fin du passage. Puis viennent les alarmes des réveils, les sonneries des horloges qui nous extraient de la dure réalité d’une vie d’ennui pour nous pousser à réaliser que le temps n’est pas uniquement un concept abstrait mais qu’il prend forme justement parce qu’il nous survivra.

 

 

 

 

 

 

 

 

 



Time / Breathe (reprise)

(Waters / Mason, Waters, Wright, Gilmour)

Ticking away the moments that make up a dull                day
You fritter and waste the hours in an off hand way
Kicking around on a piece of ground in your home town
Waiting for someone or something to show you the way

Tired of lying in the sunshine, staying home to watch the rain
You are young and life is long and there is time to kill today
And then one day you find, ten years have got behind you
No one told you when to run, you missed the starting gun

And you run and you run to catch up with the sun,
but it's sinking
And racing around to come up behind you again
The sun is the same in a relative way, but you're older
Shorter of breath and one day closer to death

Every year is getting shorter, never seem to find the time
Plans that either come to nought,
or half a page of scribbled lines
Hanging on in quiet desperation is the English way
The time is gone the song is over,
Thought I'd something more to say

Home, home again
I like to be here when I can
When I come home cold and tired
It's good to warm my bones beside the fire
Far away across the fields
The tolling of an iron bell
Calls the faithful to their knees
To hear the softly spoken magic spells

 

Le temps / Respire (reprise)

 (Waters / Mason, Waters, Wright, Gilmour)

Les heures qui passent marquent l'ennui.
Tu les brûles et les gaspilles,
Errant dans le bled d'où tu viens,
Attendant qu'on te montre la voie.

 

 

Marre de végéter chez toi à regarder la pluie.
Tu es jeune, la vie est longue et voilà qu'il y a du temps à tuer.
Un jour, tu t'apercevras que dix ans ont passé.
On ne t'a pas dit quand partir, tu as manqué le départ.

 

Et tu cours à perdre haleine pour rattraper le soleil,
mais il disparaît,
Pour réapparaître derrière toi.
Le soleil est toujours le même, mais tu as vieilli.
Tu t'essouffles, chaque jour te rapproche un peu plus de la mort.

Le temps accélère, les jours sont toujours trop courts.
Des plans qui n'aboutissent à rien,
Tout au plus une demi page de gribouillis.
Suspendu dans un doux désespoir à l'anglaise.
Trop tard, la chanson est finie,
Je croyais avoir autre chose à dire.

De retour au bercail, une fois de plus.
Quand je peux j'aime y être.
Quand je rentre transi de froid et crevé,
Il fait bon se réchauffer près du feu.
Au loin, par delà les champs,
Le glas d'une cloche en fer
Appelle les fidèles à s'agenouiller
Pour écouter le doux murmure des envoûtements.


Le titre suivant s’ouvre donc sur des cliquetis et carillons d’horlogerie introduisant la pression de la vie moderne qu’est le temps, qui s’écoule de la même manière pour tous et conduit inexorablement à la même issue. L’introduction du morceau est aussi cadencée par des battements de coeur, qui « tapissent » le fond sonore, présents pour nous rappeler que même notre rythme cardiaque, qui nous maintient en vie, joue aussi contre nous par son décompte fatal. La chanson est assez directe, immédiate, ce qui n’enlève rien à son pouvoir de suggestion et de provocation.

Le premier couplet parle de la perte de temps. Quand l’ennui nous gagne, nous voulons que le temps s’accélère. A l’opposé, quand nous nous amusons ou sommes pressés, nous aimerions le ralentir. Beaucoup s’accordent pour dire que la vie est trop courte, qu’il y a tant de choses à toucher et voir (comme nous l’avons appris avec « Breathe (« Respire »), dès lors, se plaindre d’ennui est presque déplacé. Nous devrions savourer chaque moment de notre vie sans perte de temps dont la notion, laissée à la discrétion de chacun, s’apparente à « attendre qu'on nous montre la voie. »

Le premier refrain s’entame sur le même thème, abondant dans le sens que la jeunesse et, a fortiori, l’absence de la perspective de la mort nous donne l’impression que nous possédons tout le temps du monde. Pour reprendre les mots de Waters : « L’année où nous avons enregistré le disque, j’ai eu comme l’impression que ça y était, j ‘étais en train de grandir- et je sais que je partage cette émotion avec pas mal de gens- que l’enfance, puis l’adolescence et enfin ma vie de jeune adulte n’avaient fait que me préparer à ce qui allait suivre. J’ai soudainement pensé, à l’âge de 29 ans, tiens bon, voilà que cela se produit, et cela couve depuis le début ; il n’y a pas de frontière exacte entre de qui ne fut qu’un entraînement et la vraie vie, comme évoqué à la fin du premier refrain :« No one told you when to run, you missed the starting gun » (« On ne t'a pas dit quand partir, tu as manqué le départ. »)

Ce concept de départ nous ramène à la comparaison de la vie avec une couse, comme la phrase « Run, rabbit, run » (« Cours, mon lapin, cours ») ainsi que le titre du morceau précédent, « On The Run » (« En Cavale »). La chanson continue après que la personne à qui elle s’adresse ait manqué ce départ. La ligne « And you run and you run to catch up with the sun but it’s sinking » (« Et tu cours à perdre haleine pour rattraper le soleil, mais il disparaît ») montre la futilité de vouloir distancer le temps, en utilisant l’image du soleil, dont la course ininterrompue constitue une mesure du temps. Vouloir le rattraper est une utopie, et quand bien même il disparaît, c’est pour réapparaître à l’opposé de l’horizon. Le soleil est toujours pareil en ceci qu’une journée humaine n’est rien comparée à l’âge de l’astre tandis qu’un jour de perdu est pour nous plus significatif. Toutefois, le soleil lui aussi vieillit et se « rapproche de la mort », même si celle-ci ne surviendra que dans quelques milliards d’années.

Chaque jour qui passe nous rapproche de notre mort semble vouloir nous dire les paroles de cette chanson. C’est, à l’instar du premier refrain de « Breathe », une vue assez pessimiste de la vie. Cette évidence peut être vécue de plusieurs façons. D’aucuns sombreront peut-être dans la dépression en se rendant compte que les heures qui passent les rapprochent de leur fin, d’autres suivront les conseils du texte, éviteront d’ « errer dans le bled d'où ils viennent », prendront parti de leur existence car le temps est trop précieux.

Le dernier refrain évoque des actes et projets abandonnés en cours de route, des choses qui valaient qu’on s’y attarde mais qui n’ont pas reçu l’attention qu’elles méritaient faute de temps. Puis l’auteur se plaint que même la chanson est terminée, qu’il pensait avoir autre chose à dire, ce qui reflète le sentiment que l’on doit éprouver à la fin de sa vie :que plus aurait pu être fait.

 

La décision d’enchaîner « Breathe (Reprise) sur « Time » a germé alors que le groupe travaillait ces chansons en concert bien avant de commencer à les enregistrer. Ce morceau était connu sous le nom « Home Again » (De retour à la maison, une fois de plus ») durant les enregistrements, il constituait simplement le dernier quatrain de « Breathe » mais s’en éloignait pour des raisons sémantiques aisément compréhensibles.

Ce dernier couplet semble être une description de ce que à quoi peut ressembler une fin de vie, le narrateur rentrant au bercail « transi de froid et fatigué » pour s’installer à côté du feu. A l’opposé du premier couplet de « Breathe » dont le conseil était de toucher, voir et faire le plus possible au cours de l’existence, ces lignes s’accordent plutôt avec le besoin de se lasser porter par la marée, de ressentir le plaisir d’être tout simplement à la maison. Pas mal de gens suivraient les premiers conseils durant la première partie de leur vie, et s’abandonneraient aux seconds devenus plus âgés. L’enchaînement entre « Time » et la reprise de « Breathe » prend alors tout son sens en cela que ce dernier décrit le calme retrouvé de l’âge mûr, quand les questions relatives à l’existence et au temps qui passe peuvent être abordées avec plus de sérénité. Ce dernier couplet nous amène au concept de la mort, la prochaine pression de l’existence évoquée dans l’album par « The Great Gig In The Sky ». « Le glas d’une cloche en fer » se rapporte aux glas des funérailles ainsi qu’au poème de John Donne : « From Whom The Bells Tolls » (« Pour Qui Sonne Le Glas »). Ce sont les croyants qui entendent ces cloches, de loin, à travers champs ; et ils tombent à genoux en un geste de prière. Percevoir ce glas de loin montre que les personnes qui le discerne vivent continuellement avec l’évocation de la mort. Même s’ils savent qu’ils vont mourir un jour, il reçoive des signes de leur propre mortalité. Dès lors, pour s’extirper de l’effroi de la mort, ils trouvent refuge dans la religion, apaisés par le « doux murmure des envoûtements ». Cette phrase paraît ironique, une critique déguisée de la religion qui n’existe que pour aider les mortels à négocier avec les thèmes illustrés dans « Breathe » et « Time ». Beaucoup de personnes croient, à l’instar de Waters, que la religion fut crée de toute pièce pour expliquer ce qui ne pouvait pas l’être, pour rassurer les êtres humains quant à la peur qu’impliquait l’inexplicable.


The Great Gig in the Sky

(Wright)

“ And I am not frightened of dying.
Any time will do, I don't mind. ”
(7)

“ Why should I be frightened of dying?
See no reason for it,.
You've gotta go sometine. ”
(8)

“ I never said I was frightened of dying. ” (9)

 

Le grand concert dans le ciel

(Wright)

« Et je n'ai pas peur de la mort.
Qu'elle vienne, je m'en fous.
» (7)

« Pourquoi devrais-je avoir peur de mourir ?
Je n'vois pas pourquoi,
Un jour ou l'autre il faut bien partir.
» (8)

« Je n'ai jamais dit que j'avais peur de mourir. » (9)


 

Les thèmes de la vieillesse et de la mort nous conduisent naturellement à la contrainte suivante explorée par les textes de l’album : la mort dont la peur hante la plupart de nos jours.. Le titre est un instrumental incluant quelques séquences parlées, les réponses en fait à la question « avez-vous peur de mourir ? ».

Cette chanson fut initialement appelée « The Mortality Sequence » (La Séquence Mortuaire »). Si elle ne contient pas de parole, la vois de Clare Torry l’habite de bout en bout, se livrant à une improvisation à peine dirigée par le reste du groupe. Ce titre est aussi le dernier de la première face du disque 33 tours, ce qui renforce l’évocation de la mort puisque c’est le silence qui le suit.

Il est intéressant de constater que les séquences parlées pour illustrer la chanson parlent de l’absence de peur face au trépas, ce qui semble s’accorder avec le titre choisi pour le morceau : « The Great Gig In The Sky (« Le Grand Concert Dans Le Ciel ») qui dresse un portrait plutôt positif de la mort. Ce titre doit avoir quelques connotations religieuses, suggérant que le paradis nous attend au-delà de la mort. Conséquemment, la fin de « Breathe (Reprise) » n’est pas en fin de compte la critique de la religion qu’on a bien voulu y trouver. D’un autre côté, la chanson peut nous apparaître rien de moins que sarcastique, un jugement acerbe de la tendance à trouver dans la dévotion le sentiment de sécurité qui nous éloigne de la peur de la fin. Dès lors, même le titre employé ici rend trivial le concept de paradis que d’aucuns croyants n’oseraient pas à avaliser à un « Grand Concert Dans Le Ciel »

La mélodie est ici rassurante, même si la voix paraît souffrir à certains moments, indiquant que même si nous ne devons pas craindre la mort, elle demeure source de tristesse.


Money

(Waters)

Money, get away
Get a good job with more pay and you're O.K.
Money, it's a gas
Grab that cash with both hands and make a stash
New car, caviar, four star daydream,
Think I´ll buy me a football team

Money, get back
I'm all right Jack, keep your hands off my stack.
Money, it's a hit
Don't give me that do goody good bullshit
I'm in the hi-fidelity first class travelling set
And I think I need a lear jet

Money, it's a crime
Share it fairly, but don't take a slice of my pie
Money, so they say
Is the root of all evil today
But if you ask for a rise, it's no surprise
That they're giving none away

Le fric

(Waters)

Fric, dégage !
Trouve un bon job et tu seras sauf.
Le fric, c'est grisant.
Prends ce fric à pleines mains et planque le.
Nouvelle bagnole, caviar, vie en quatre étoiles,
Tiens, je pourrais bien m'acheter un club de foot.

Fric, reviens.
Je me fous du reste mais pas touche à mon magot.
Le fric, c'est le succès.
Garde tes merdes à deux balles,
Moi je voyage en première classe haute-fidélité.
Tiens, je pourrais bien acheter un jet privé.

Le fric, c'est un crime.
Partage le tien mais touche pas à mon pactole.
« Le fric », à ce qu'on dit,
« Est la cause de tous les maux d'aujourd'hui. »
Or si tu demandes une augmentation, ne sois pas étonné
Qu'ils ne t'en accordent aucune.


 


Ha Ha! I was in the right! ” (10)

“ Yes, absolutely in the right! ” (11)

“ I certainly was in the right! ” (12)

“ Yes definitely I'm right.
That geezer's cruising for a bruising! ”
(13)

“ Why does anyone do anything? ” (14)

« Hé Hé ! J'avais raison ! » (10)

« Oui, absolument raison ! » (11)

« Certainement, j'avais raison ! » (12)

« J'ai entièrement raison.
Ce type cherchait les emmerdes !
» (13)

« Pourquoi chacun fait-il n'importe quoi ? » (14)


 

 


I don't know, I was really drunk at the time. ” (17)

“ I was just telling him, he couldn't get into number two.
He was asking why he couldn't come up on freely (eleven ?)
After I yelling and screaming
And telling him why he wasn't coming up on freely (eleven ?)
It came to a heavy blow, which sorted the matter out. ” (18)

“ Yeah! ” (19)

“ I don't know, I was really drunk at the time. ” (20)

« Je ne sais pas, j'étais complètement bourré à ce moment-là. » (17)

« Je lui ai juste dit qu'il ne pouvait pas monter dans le numéro deux.
Il a demandé pourquoi il ne pouvait pas monter gratis...
Alors que j'avais gueulé et hurlé
Et que je lui avais dis pourquoi il ne pouvait pas entrer gratis...
C'est parti comme un coup violent, ce qui a réglé l'affaire.
» (18)

« Ouais ! » (19)

« Je ne sais pas, j'étais complètement bourré à ce moment-là. » (20)


 

La pression de la vie moderne suivante évoquée par l’album est l’argent. Cette chanson ouvrait la deuxième face du vinyle avec force bruitages de caisses enregistreuses et de pièces de monnaie, un peu comme était introduit « Time ». La majorité de la chanson est bâtie autour d’un rythme 7/4, ce qui assez rare et le résultat de la construction de la mélodie autour du seul riff de Waters.

Les paroles de « Money » Sont assez évidentes en soit et ne requièrent pas beaucoup d’explications supplémentaires. Attendu que les paroles ont été écrites du point de vue d’une personne qui désire avidement être riche et comblé, le ton en est satyrique, enjoignant les auditeurs à ne pas adopter une telle attitude. Dans d’autres chansons et interviews, Waters a bien souligné son désenchantement face au système capitaliste dans d’autres de ses chansons ("Have A Cigar", "Dogs", "Pigs",...) Nous citons: « Je suis convaincu que l’économie de libre marché n’est pas la solution. Mon espoir est que le genre humain fasse évoluer ses relations en quelque chose de moins compétitif, de plus coopératif passé ce millénaire, et que s’il ne la fait pas, qu’il disparaisse dans un brouillard de fumée. »

La technique d’utiliser la satyre afin de montrer ce qu’il ne faut pas faire ou croire se retrouve dans l’album « The Wall », alors que le personnage central se transforme en une espèce de fasciste néo-nazi. Notons au passage que la ligne « Money, get back, I'm all right Jack, keep your hands off my stack” se retrouve à peine transformée dans le film « The Wall » d’Alan Parker. Elle serait extraite d’un poème que le jeune Pink compose en classer alors qu’il est censé étudier de la géométrie, poésie lue à haute voix avec force moquerie par un professeur qui n’en demandait pas tant.

Toutefois, le fait de retrouver une chanson aussi satyrique au beau milieu de l’album est une décision dont on peut débattre...

 


Us and Them

(Waters / Waters, Wright)

Us and them
And after all we're only ordinary men
Me and you
God only knows it's not what we would choose to do

Forward he cried from the rear
And the front rank died
The General sat, and the lines on the map
Moved from side to side

Black and blue
And who knows which is which and who is who
Up and down
And in the end it's only round and round
And round

Haven't you heard it's a battle of words
The poster bearer cried
Listen son, said the man with the gun
There's room for you inside

Nous, et eux

(Waters / Waters, Wright)

Nous, et Eux.
Après tout, on n'est que des gars ordinaires,
Toi et moi.
Dieu sait que nous ne l'avons pas choisi.

« Avance » criait-il derrière lui.
Et le front est tombé.
Le Général s'est assis et les traits sur la carte
Se sont mis à trembler.

Noir et bleu.
Qui sait quoi est quoi et qui est qui ?
En haut, et en bas.
Finalement, on ne fait que
Tourner en rond.

 

Ignores-tu que c'est une bataille de mots ?
Le porte-drapeau criait.
Ecoute fils, a dit l'homme au pistolet,
Il y a de la place pour toi là-dedans.


“ I mean, they're gonna kill ya.
So like if you give'em a quick short, sharp, shock, they won't do it again.
Dig it ? I mean he got off lightly
'Cause I would've given him a trashing.
I mean I only hit him once !
It was only a difference of right and wrong in it
I mean goodmanners don't cost nothing, do they, eh ? ”
(21)

« J'vais t'dire, ils vont te tuer.
Alors si tu leurs files un coup direct, rapide, bien placé, ils ne recommenceront pas.
Pigé ? J'vais t'dire, il s'en est bien tiré,
Parc'que sinon, j'lui aurais filé une de ces dérouillées.
Je ne l'ai cogné qu'une seule fois !
C'était juste parce qu'on n'avait pas la même opinion.
J'veux dire, les bonnes manières ça coûte rien, pas vrai ?
» (21)


 

 

 

 

 


Down and out
It can't be helped but there's a lot of it about
With, without
And who'll deny it's what the fighting's all about

Out of the way, it's a busy day
I've got things on my mind
For want of the price of tea and a slice
The old man died

Epuisé.
On n'y peut rien s'il y en a partout.
Avec, ou sans.
Et qui niera que c'est le nerf de la guerre ?

C'est inhabituel, aujourd'hui est un grand jour,
J'ai des tas de choses à penser.
Au prix d'une tasse de thé et d'une part de gâteau,
Le vieillard est mort.


 

Les séquences parlées à la fin de « Money », réponse à la question « Quand avez-vous été violent pour la dernière fois et étiez-vous dans votre droit ? » s’enchaînent sur la chanson suivante, « Us And Them » (Nous Et Eux ») qui s’intéresse à la violence, contrainte de toute existence s’il en est. De manière fort peu surprenante, toutes les personnes interrogées sont persuadées qu’elles étaient dans le droit, mis à part le personne qui parle de son état d’imprégnation alcoolique. Ce qui donne une bonne illustration d’une des causes de l’usage de la violence : être persuadé de notre bon droit.

Ce titre fut originellement baptisé The Violence Sequence » (« La séquence Sur (à propos ) De La Violence »). C’est Rick Wright, le claviériste du groupe qui en a écrit les accords, sur lesquels Waters s’est basé pour écrire le texte : « Je ne me souviens plus du moment où j’ai écrit ces paroles, mais ce fut certainement durant l’enregistrement de « The Dark Side Of The Moon » car il me semble que l’approche politique et humaniste de nos relations, et en quoi cela impacte nos vies s’intègre réellement dans le message que véhicule l’album :les conflits, notre impossibilité à nous connecter les uns aux autres.

La phrase « Nous Et Eux » renvoie à la fâcheuse tendance qu’a le genre humain à se partitionner, cette propension étant applicable à chacune des situations décrites dans la chanson, « eux » pouvant symboliser les ennemis de guerre, une autre couleur de peau ou les sans-abri. Waters expose combien destructrice cette attitude peut être, héritage de notre inclination à nous allier avec des gens avec lesquels nous partageons certaines choses, que ce soit des intérêts, des croyances ou une culture. Là où cela devient problématique, c’est quand un groupe se met à penser que ceux qui ne leur ressemblent pas leur sont inférieurs, ou que la peur naît de la méconnaissance de l’autre, comportements qui constituent les racines des comportements destructeurs évoqués dans la chanson.

Les premiers couplet et refrain se réfère à la guerre, décrit le peu de chance que nous avons de communiquer sur le front parce qu’un autre que nous en a décidé ainsi. Waters critiquait le fait que ceux qui prenaient la décision de déclarer ou partir en guerre n’étaient pas les même que l’on retrouvait sur les champs de bataille et qui, généralement, n’étaient pas convaincus de la nécessité de se battre (« God only knows it's not what we would choose to do »(« Dieu sait que nous ne l'avons pas choisi. » )). En fait, les décisions qui affectent la vie de milliers d’hommes sont prises par des généraux confortablement assis alors que « les traits sur la carte se [mettent] à trembler. »

Eric Waters, le père de Roger, mourut avant la naissance de ce dernier, au cours de la Seconde Guerre Mondiale, précisément lors de la bataille d’Anzio (Italie). Cet événement, même s’il survient avant sa naissance, a grandement influencé la vie de Roger Waters, à l’instar des troubles qui atteindront son ami, Syd Barrett, et trouve écho dans beaucoup de textes du bassiste, notamment dans cette chanson. Le premier refrain, qui décrit la mort au front, nous apprend comment le père de Roger a perdu la vie. Ce fait sera détaillé plus avant dans la chanson « When The Tigers Broke Free », qui apparaît dans la version cinématographique de « The Wall ». (Elle n’a pas été incluse sur l’album mais se retrouve sur la réédition de « The Final Cut » ainsi que sur la compilation « Echoes, The Best Of Pink Floyd ». Voici la première partie du texte en question :


It was just before dawn one miserable
Morning in black 'forty four.
When the forward commander was told to sit tight
When he asked that his men be withdrawn.
And the Generals gave thanks as the other ranks
Held back the enemy tanks for a while.
And the Anzio bridgehead was held for the price
Of a few hundred ordinary lives.

 

C’était juste avant l’aube, un triste matin de cette sombre année quarante-quatre

Quand le commandant de première ligne fut prié de ne pas bouger

Alors qu’il demandait l’évacuation de ses hommes

Et les généraux rendirent grâce aux derniers des combattants

Qui retenaient autant que possible les tanks ennemis

Et la tête de pont D’Anzio conservée au prix

D’une petite centaine de vies ordinaires.


 

Les seconds couplet et refrain parlent  du racisme et de tout préjudice découlant de la couleur de la peau. Notons que le second couplet démarre avec les mots « Black and blue » (« Noir et bleu »). Ce qui est intrigant, c’est de se remémorer que dans les thèses raciales, il est plutôt question de blancs et de noirs. Dès lors, à part pour la rime, utiliser la couleur bleue ? Peut-être pour ridiculiser le racisme, pour indiquer l’absurdité des thèses qu’il entretient. Mais les termes « Black and blue » traduisent aussi la violence. En anglais « To beat someone black and blue » signifie le rouer de coups. Rapprocher des images de violence du concept de racisme n’est rien moins qu’intentionnel.

Le dernier couplet enfin exprime les vues de Waters quant au fait que la propriété est la cause de toutes les violences. Le dernier refrain évoque un mendiant que l’on ne regarde même pas et auquel aucune aide n’est apportée. Cela force le trait de l’avidité décrite dans « Money ». Ignoré par les passants, le clochard finit par mourir, n’ayant même pas assez d’argent pour se payer à manger.

 


Any Colour you Like

(Gilmour, Mason, Wright)

(Instrumental)

La couleur de ton choix

(Gilmour, Mason, Wright)

(Instrumental)


 

Cet instrumental, dénué toute séquence parlée, reste difficile à interpréter. Toutefois, on peut le comprendre en l’intégrant à son contexte. Dès lors, il suggérerait le glissement vers la folie, en cela qu’il précède le titre « Brain Damage » dont le sujet est bien l’altération mentale.

On peut aussi penser, dû au psychédélisme de sa construction, que cette chanson parle de drogue, véritable pression de la vie moderne, ce qui ferait le lien entre ce titre et l’entièreté du disque.

Ces deux interprétations se valent et doivent coexister, en cela que ce sont bien les drogues qui ont conduit Syd Barrett à la folie, du moins partiellement.

David Gilmour, à propos de la réputation du groupe quant aux drogues : « Roger et Nick buvaient de l’alcool, Rick et moi tirions de temps en temps sur un joint. Nous ne ressemblions pas vraiment à notre image. Je ne suis même pas certain que Roger ait pris du L.S.D. une fois dans sa vie. En tous cas, cela ne figurait pas à notre menu, d’autant plus après le départ de Syd en 1968. Nous ne nous sommes jamais débarrassé de cette image. Même aujourd’hui, elle nous colle à la peau.

La phrase « Any Colour You Are » était une des marottes de Chris Adamson, un des road managers du groupe. Si on lui demandait une guitare par exemple, il répondait invariablement « Any Colour You Like, they’re all blue » (« La couleur que tu désires, elles sont toutes bleues »). Il devait l’avoir emprunté à une publicité des années vingt du constructeur automobile Ford, qui disait que l’on pouvait avoir une Ford de la couleur que l’on voulait, tant qu’elle était noire.

Le titre renvoie à un choix, illusoire car ne proposant qu’une seule alternative. Le seul choix possible dans le monde dépeint dans les précédentes chansons est de s’immerger dans une sorte de folie. Le groupe reprendra d’ailleurs ce thème de l’isolation, de l’aliénation consciente dans leur oeuvre à trois dimensions (album-film-concerts) « The Wall ». On peut y trouver une allusion à la chute de Syd Barrett, en cela qu’il était sans doute prédéterminé à finir de cette façon ; enfermé dans un monde intérieur sans réelle possibilité d’en sortir.

 


Brain Damage

(Roger Waters)

The lunatic is on the grass
The lunatic is on the grass
Remembering games and daisy chains and laughs
Got to keep the loonies on the path

The lunatic is in the hall
The lunatics are in my hall
The paper holds their folded faces to the floor
And every day the paper boy brings more

And if the dam breaks open many years too soon
And if there is no room upon the hill
And if your head explodes with dark forebodings too
I'll see you on the Dark Side Of The Moon

The lunatic is in my head
The lunatic is in my head
You raise the blade, you make the change
You re-arrange me 'til I'm sane
You lock the door
And throw away the key
There's someone in my head but it's not me.

And if the clouds bursts, thunder in your ear
You shout and no one seems to hear
And if the band you're in starts playing different tunes
I'll see you on the Dark Side Of The Moon.

Lésion cérébrale

(Roger Waters)

Le fou est sur l'herbe
Le fou est sur l'herbe
Se souvenant des jeux, des guirlandes de pâquerettes et des rires
Faut garder les tordus dans le droit chemin

Le fou est dans le hall.
Les fous gisent dans mon hall.
Le journal maintient leurs visages pliés au sol
Et chaque jour le livreur en apporte davantage.

Et si ta carapace cède des années trop tôt,
Et s'il n'y a plus de place sur la colline,
Et si ta tête éclate sous le poids de mauvais pressentiments,
Je te retrouverai sur la Face cachée de la Lune

Le fou est dans ma tête.
Le fou est dans ma tête.
Tu brandis la lame, tu fais la différence.
Tu me soignes jusqu'a ce que je sois sain.
Tu verrouilles la porte
Et jettes la clef.
Il y a quelqu'un dans ma tête mais ce n'est pas moi.

Et si les nuages font éclater la foudre dans tes oreilles,
Tu cries et personne ne s'en inquiète.
Et si ton groupe ne joue plus les mêmes mélodies,
Je te retrouverai sur la Face cachée de la Lune.


“ I can't think of anything to say, I mean it's...”
Laughs
(22)

“ I think it's marvelous.  (23)

Laughs

Je ne vois rien à dire, je veux dire c'est... « 
Rires
(22)

« Je trouve ça merveilleux ! »
Rires
(23)


 

Cette chanson parle de la folie comme résultante de toutes les pressions de la vie moderne exposées dans l’album. Ecrite chez lui, Waters la considérait comme SA chanson, ce qui explique pourquoi il choisit de la chanter au lieu de David Gilmour.

Le coin d’herbe en question dans la ligne « Le fou est sur l'herbe » se situe dans le conscient de Roger Waters entre la rivière Cam et Kings College Chapel. Il se souvient en effet que plus que n’importe quel pré, c’était celui, par excellence, sur lequel il était interdit de marcher.

Le fou est bien sûr Syd. C’est en pensant à lui que la chanson fut composée. Le premier couplet évoque l’enfance. Le vers « Got to keep the loonies on the path” (“Faut garder les tordus dans le droit chemin ») représente la volonté collective de maintenir l’ordre, de se garder en bonne santé mentale aussi. Le simple fait de marcher sur le gazon alors que cela est interdit représente durant l’enfance le summum de l’anticonformisme. Il faut dire que certaines règles ne sont établies que parce qu’il faut des règles, et que l’interdiction de fouler l’herbe d’un square peut apparaître comme une loi arbitraire.

Le couplet suivant décrit les fous comme étant ces portraits dans les journaux, des portraits d’homme célèbre, de politiciens pour la plupart. Une des caractéristiques de l’altération mentale est que celui qui en souffre voit les autres comme autant de fous, plus fous que lui en vérité. C’est ce dont parlent les vers du deuxième couplet ; une situation qui ne semble pas pouvoir être maîtrisée en cela que « chaque jour le livreur en apporte davantage . »

Une autre interprétation veut que ces personnes captives des feuilles des journaux ne sont pas celles qui y sont représentées mais celles qui les lisent. Beaucoup de gens basent leur existence sur les médias et ce qu’ils racontent, accordant plus d’importance aux faits et gestes des célébrités dont ils suivent la vie plutôt qu’aux événements de leur propre vie. Waters décrit ces personnes qui « vivent leur vie par procuration » comme aliénées.

« Et si ta carapace cède des années trop tôt, et s'il n'y a plus de place sur la colline, et si ta tête éclate sous le poids de mauvais pressentiments » constituent des allégories du glissement vers la folie. Les mot « mauvais pressentiments » font écho au ton pessimiste de l’album entier. Puis vient la ligne qui donne son titre au disque : « I’ll see you on the dark side of the moon » (« Je te retrouverai sur la Face cachée de la Lune ».)

Qu’est-ce que la face cachée de la lune ? Plus important encore, que représente-t-elle ? Si ce concept est assez fort dans le conscient collectif du groupe pour donner son au nom au disque, il n’est rien de moins important d’essayer de le cerner.

La lune tourne autour de la terre à la même vitesse qu’elle tourne sur elle-même, phénomène dû en partie à la distribution inégale de la masse du satellite. De fait, de la terre, on aperçoit toujours la même face de la lune, l’autre côté, appelé donc la face sombre, ou cachée car il ne nous est pas loisible de la voir. Beaucoup de légendes ont couru à propos de cette face sombre. En fait, il s’avère qu’elle ressemble en tous points au côté visible. Enfin, les phases de la lune sont dues à sa position relative avec le soleil.

Le terme employé pour « fou » dans la chanson est « lunatic » (du latin « luna », pour « lune »), qui peut être traduit par « lunatique » ; mais parce que ce substantif est plutôt utilisé pour décrire quelqu’un à l’humeur changeante, on lui préférera celui de « sélénite » (de sélénê, mot grec signifiant « lune »), nom donné aux habitants imaginaires de la lune. Les anciens croyaient que la gravité des troubles mentaux variait avec les phases de la lune. Bien que cette corrélation n’ait pas été confirmée scientifiquement, elle nous aide à comprendre le symbolisme de la chanson, et la métaphore de la lune tout au long de l’album.

Nous pourrions aller plus loin en identifiant la face cachée de la lune comme symbole de la folie à laquelle mènent toutes les pressions décrites dans les chansons précédentes. Pourquoi la face cachée ? Parce qu’elle nous est invisible alors que nous savons qu’elle existe bel et bien, un peu comme cette folie qui dort en chacun de nous et qui attend d’être exposée au grand jour. La phrase « I’ll see you on the dark side of the moon »(« Je te retrouverai sur la Face cachée de la Lune ») interpelle l’auditeur en lui disant quelque chose du genre « Je sais que tu ne vas pas très bien, que tu te sens mal dans ta peau ; eh bien moi aussi, et nous sommes par conséquent assez semblables, nous pouvons communiquer à propos de nos malaises. La face cachée de la lune peut être avalisée à la face cachée de notre personnalité, que nous essayons de cacher à nos contemporains. La chanson semble dire que nous possédons tous ce côté sombre, et qu’il nous faut l’enfouir au plus profond de nous-mêmes, de peur qu’elle prenne le contrôle de nos vies et nous amène à la folie.

Dans le couplet suivant, le narrateur fait la description détachée de ce qui semble être une lobotomie pratiquée sur sa personne (au sens littéral ou symbolique du terme) dans le but de recouvrer sa santé mentale. Cette opération permet de « verrouiller la porte et de jeter la clé », éloignant la folie de l’esprit de l’auteur. Cela nous renvoie aux temps ou les désordres mentaux n’étaient pas compris comme ils le sont aujourd’hui, et où l’on pensait que pour en guérir, il suffisait de travailler sur le cerveau qui en était le siège. Bien que partiellement vraie, cette croyance est incomplète, il existe derrière chaque cas de perte de santé mentale une multitude d’autres causes, de déséquilibres dans certaines réactions chimiques au sein du système nerveux aux différentes pressions évoquées par les textes de l’album lui-même. Il est bon de rappeler aussi qu’une lobotomie, qu’elle soit physique, chimique ou de tout autre nature, permet peut-être de traiter les causes de perturbations mentales, mais oblitère littéralement la personnalité du patient, les rendant parfois proche de l’état d’apathie. Une fois encore, Waters s’adresse aux décideurs de ce qui est normal et de ce qui ne l’est pas, cette caste dirigeante qui nous pousse à faire la guerre, à ne pas marcher sur le gazon, à vouloir enlever une partie du cerveau des gens qui ne nous ressemblent pas.

Le second refrain est similaire au premier, énumérant encore des allégories de la folie. La ligne « And if the band you're in starts playing different tunes” (“Et si ton groupe ne joue plus les mêmes mélodies ») se réfère clairement à la situation vécue par le groupe après le départ de Syd Barrett, composant de nouvelles chansons dont le style était assez éloigné de leur ancien musicien et auteur, se dirigeant vers d’autres horizons musicaux. De plus, une des manies de Barrett alors que son état mental se détériorait, et qui avait le don de mettre le reste du groupe en dans une colère noire, était de jouer la mauvaise chanson. Un exemple : lors d’un concert d’avril 1967, le groupe commença de jouer « Careful With That Axe, Eugene », sauf Syd, probablement sous acide, qui plaqua sur sa guitare les premiers accords d’ « Interstellar Overdrive ». Il « ne joua pas les mêmes mélodies » que ses amis jusqu’à ce qu’ils décident de s’en séparer.


 

 

Eclipse

(Waters)

All that you touch
And all that you see
All that you taste
All that you feel
And all that you love
And all that you hate
All you distrust
All you save
And all that you give
And all that you deal
And all that you buy
Beg borrow or steal
And all you create
And all you destroy
And all that you do
And all that you say
And all that you eat
And everyone you meet
And all that you slight
And everyone you fight
And all that is now

Eclipse

(Waters)

Tout ce que tu touches
Tout ce que tu vois
Tout ce que tu goûtes
Tout ce que tu ressens
Tout ce que tu aimes
Tout ce que tu hais
Tout ce dont tu te méfies
Tout ce que tu préserves
Tout ce que tu donnes
Tout ce que tu vends
Tout ce que tu achètes,
Mendies, empruntes ou voles
Tout ce que tu crées
Tout ce que tu détruis
Tout ce que tu fais
Tout ce que tu dis
Tout ce que tu manges
Tous ceux que tu rencontres
Tous ceux que tu offenses
Tous ceux que tu combats
Tout ça c'est du présent


 


And all that is gone
And all that's to come
And everything under the sun is in tune
But the sun is eclipsed by the moon

"There is no dark side of the moon really.
Matter of fact it's all dark.
(24)

Tout ça c'est du passé
Tout ça c'est l'avenir
Et sous le soleil tout est harmonie,
Mais la Lune éclipsera toujours le Soleil.

“Il n'y a pas de face cachée de la Lune à proprement parler.
En fait tout est noir. “
(24)


 

Cette pièce qui clôture l’album nous renvoie à l’un des messages de son ouverture, « Breathe » : « And all you touch and all you see
Is all your life will ever be » (« Tout ce que tu touches et vois, c'est là tout ce que ta vie sera ».) La signification exacte de cette chanson apparaît dans ses deux dernières lignes, résumant celle du disque entier en une pensée unique ; nos vies peuvent être vécues en harmonie à condition de contrôler les pressions inévitables de l’existence. Nous sommes constamment obligés de composer avec ces pressions et nous battre pour qu’elles n’envahissent pas nos destinées, sans cela, la folie poindra et « la lune éclipsera toujours le soleil. »

Revoici la métaphore du soleil. Dans « Breathe », nous filions pour lui échapper, dans « Time », nous « [courrions] à perdre haleine pour le rattraper », mais il « disparaissait pour réapparaître derrière [nous] » et à présent, il éclipse la lune. Ce soleil, présenté comme inchangé et inchangeable tout le long de l’album semble être une métaphore pour Dieu, une incarnation duquel on se cache, que l’on tente parfois de rattraper, immortel. Mais ce soleil, si immuable, peut être dérobé à notre vue par la lune. Ce qui doit nous pousser à considérer que rien n’est jamais acquis, que même l’astre le plus important pour la vie sur terre peut être éclipsé derrière un satellite beaucoup plus petit en comparaison, une sphère morte de surcroît (alors que le soleil est pour une part importante de l’apparition de la vie sur terre et qu’il est le siège de réactions chimiques lui conférant sa chaleur et sa brillance, lui prodiguant une sorte de vie propre). On notera ici l’emploi de la voie passive, pour mieux souligner l’action délibérée de la lune qui cache le soleil, ce dernier ne pouvant empêcher d’être éclipsé. En définitive, tout ce qui peut constituer la vie est temporel, présent et agissant aujourd’hui, déjà loin demain. Bien que cela puisse dessiner les contours d’une philosophie assez pessimiste, cela nous engage à profiter de l’existence au maximum, comme si le présent souffle (« Breathe » en anglais) était le dernier, tout en prenant garde à ne pas nous laisse emporter par « la plus haute vague ».

La dernière séquence parlée de l’album disait originellement ceci : « There’s no dark side of the moon, really. As a matter of fact, it’s all dark... [and the thing that makes it look alight is the sun.]” (“Il n'y a pas de face cachée de la Lune à proprement parler. En fait tout est noir, [et ce qui lui confère sa lumière, c’est le soleil.] “ La dernière partie de la phrase (entre crochets) fut coupée car elle ne correspondait pas au climat voulu pur la fin du disque.

L’album se termine de la même manière qu’il a commencé, par des battements de coeur, dont l’intensité va en diminuant, ce qui symbolise la mort, alors que les premiers rythmes cardiaux entendus au début de « Speak To Me » représentaient la conception. Entre ces deux séquences, le disque et ce qu’il tente de nous dire, se veut donc une allégorie de la vie. Cette technique d’utiliser la symétrie pour débuter et finir un album fut utilisée plus avant dans d’autres oeuvres du groupe, « The Wall «  par exemple, Roger Waters étant fasciné par les cycles et la possibilité de pouvoir écouter un album de manière répétitive. Si les premiers battements de coeur renvoient à une naissance, et les derniers à un trépas, écouter les premiers juste après les derniers (en réécoutant l’album depuis le début) nous conforte dans l’idée que la vie continue après notre mort, que tout est cyclique, le temps, la vie, la mort, les phases de la lune, ce qui rend les théories exprimées par ces chansons applicables à toute vie, et donne à l’album entier un aspect intemporel.

Séquences parlées :

(1) Chris Adamson, road manager (organisateur de tournée).

(2) Jerry Driscoll

(3) Peter Watts, road manager. On le voit sur la pochette arrière d'Ummagumma. Il est décédé d'une overdose en 1976.

(4) Annonce dans un aéroport

 (5) (6) Roger « The Hat » Manifold, road manager. Il répond à la question « Do you fear death? » (Avez-vous peur de la mort ?)

(7) (8) Jerry Driscoll

(9) Patricia « Puddy » Watts ou Clare Torry ?

(10) Peter Watts

(11) Chris Adamson

(12) Jerry Driscoll

(13) Patricia « Puddy » Watts

(14) (15) (16) Jerry Driscoll

(17) Henry McCulloch

(18) Chris Adamson

(19) ???

(20) Henry McCulloch

(21) Roger « The Hat » Manifold

(22) (23) Peter Watts

(24) Jerry Driscoll

 

 

 

 

 

05.02.2010

Trisection de l'angle

Trisection de l'angle

La trisection de l'angle est un problème classique de mathématiques. C'est un problème géométrique, faisant partie des trois grands problèmes de l'Antiquité, avec la quadrature du cercle et la duplication du cube. Ce problème consiste à diviser un angle en trois parties égales, à l'aide d'une règle et d'un compas.

S'il est facile de partager un angle en deux en construisant sa bissectrice, s'il est aisé de partager l'angle droit en trois à l'aide de triangles équilatéraux, beaucoup de mathématiciens ont longtemps cherché, en vain, une méthode géométrique pour réaliser la trisection d'un angle quelconque. Dès le IIIe siècle av. J.-C., Archimède proposa une méthode par ajustement. Au IIe siècle av. J.-C., Nicomède conçut la conchoïde de droite pour s'approcher de la solution. Mais en 1837, Pierre-Laurent Wantzel démontra un théorème qui permit d'exhiber la forme des équations des problèmes impossibles à résoudre à la règle et au compas. L'équation de la trisection de l'angle étant de cette forme, la construction est donc impossible à réaliser selon ces règles.

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La Liberté du Vide

Dans un espace vectoriel donné, s’il n’existe qu’une et une seule façon d’écrire le vecteur nul comme combinaison linéaire d’une famille de vecteurs, celle où tous les coefficients sont nuls, cette famille est dite libre. On peut se demander si le vide est libre ou non. Or on sait que la liste vide est une sous-famille de toute famille. Dès lors, si elle n’était pas libre, aucune ne le serait ! Autrement dit, le vide est libre, puisqu’il existe des familles libres.

04.02.2010

If...

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5 th Feb. 2010.

Noon.

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